Enquête sur les HLM de Neuilly
LE MONDE 2 | 25.01.08 | 17h01 • Mis à jour le 13.02.08 | 17h22
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Dernière découverte, au 18-20, rue Garnier : Alexandre Balkany, qui vient à peine de déménager après sept années de présence dans l'immeuble. Il est le fils d'Isabelle Balkany, actuelle vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine et de Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret, ex-vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine (1982-1988), ex-président de l'office HLM du département (1985-1988) et ami de longue date de Nicolas Sarkozy.
Alexandre dirige une petite société de production audiovisuelle, Kawa
productions, qui vend une émission de poker à la chaîne Direct 8,
installée à Puteaux et appartenant au groupe Bolloré. En 2004, alors
qu'Alexandre Balkany occupait déjà son appartement à loyer plafonné de
Neuilly, le conseil municipal de Levallois-Perret lui avait octroyé une
indemnité d'éviction de 75 000 euros pour récupérer le local de sa
société Netconnect (logiciels informatiques) loué à la municipalité et
y réaliser… des logements sociaux.
ous sollicitons Alexandre, c'est sa mère, Isabelle Balkany, qui nous
répond : "Mon fils a eu ce logement en 2000, à 20 ans. Il voulait son
indépendance mais ne pouvait pas s'assumer financièrement. Or ce sont
bien les revenus personnels du demandeur qui comptent. Nous, nous
l'aidions autant que nous pouvions mais à l'époque, nous étions dans
une situation professionnelle et financière moins facile. Son père
n'était plus ni député ni rien…" Mme Balkany souligne la cherté du
loyer payé : 950 euros, charges comprises, pour un 35 mètres carrés.
Pourquoi, alors, ne pas avoir cherché dans le secteur privé ou dans une
ville voisine ? "Alexandre voulait être à Neuilly. Et Neuilly, c'est
cher", rétorque-t-elle.
Pour choquante qu'elle soit, cette situation peut parfaitement être en
phase avec la loi. Bien des locataires "sélects" habitent des HLM dont
l'attribution n'était soumise à aucune condition de ressources au
moment de leur entrée dans les lieux. C'est le cas des ILN (immeubles à
loyer normal) qui s'élèvent au 28, boulevard du Général-Leclerc et au
17-23, rue d'Ybry. Propriété de l'office HLM des Hauts-de-Seine
jusqu'au début 2007, ces bâtiments ont été cédés à la Semine. Une
convention vient d'être signée avec l'Etat et les 212 logements sociaux
qui se trouvent à ces deux adresses seront, à l'avenir, loués à des
particuliers dont les revenus n'excèdent pas un seuil donné.
"GAGNER SUFFISAMMENT D'ARGENT POUR ENTRER DANS LES LIEUX…
"Mais jusqu'alors les critères de ressources n'entraient pas en ligne de
compte bien que ces logements soient recensés au titre de la loi SRU de
décembre 2000, supposée "garantir un meilleur respect du droit au
logement et de la mixité sociale". Le trésorier de l'UMP des
Hauts-de-Seine assure avoir obtenu son logement en 1988, alors qu'il
n'exerçait aucune fonction politique, dans des conditions " tout à fait
normales ". Idem pour le Pdg d'Arthus-Bertrand : "A l'époque, on ne
parlait pas de revenu maximal. Il fallait même gagner suffisamment
d'argent pour entrer dans les lieux… " Ou pour Hervé Bolze, de l'office
HLM des Hauts-de-Seine." M. Bolze s'est vu attribuer un logement qui
n'était soumis à aucune condition de ressources. Rien n'interdisait de
le lui louer", fait-on valoir à l'office.
La sociologie du peuplement des HLM neuilléens résulte aussi des
techniques de financement du logement social. L'apport du conseil
général fait de cet organisme un "réservataire" qui dispose d'un
contingent d'appartements. Trente agents du conseil général des
Hauts-de-Seine sont donc logés dans le parc social de Neuilly, dont six
dans les appartements sociaux les plus haut de gamme. La directrice de
la communication de l'UMP, ancienne attachée de presse puis directrice
de la communication du conseil général, bénéficie d'un appartement
social (de 90 mètres carrés pour 1 150 euros) à ce titre, mais nous
avoue s'être parfois "posé la question d'un déménagement" depuis sa prise de fonctions à l'UMP. En revanche, la directrice
générale adjointe du conseil général, Halina Grunda-Hendzel, ex-chef de
cabinet de Charles Pasqua lorsqu'il présidait le conseil, est logée en
dehors de ce contingent. Elle n'a pas souhaité s'exprimer.
Autre explication : le foncier est rare et cher à Neuilly, comme le
rappelle sans cesse la mairie. Les bailleurs en sont donc réduits à
acquérir des immeubles anciens du parc privé pour les transformer en
HLM. Les locataires en place au moment du rachat ont le droit de
rester, même avec des revenus supérieurs aux plafonds, du moment qu'ils
s'acquittent d'un surloyer. Cinq adresses HLM de la ville sont
concernées. En 2000, par exemple, le bailleur social I3F a acheté à la
Caisse nationale d'assurance-vieillesse (Cnav) un ensemble immobilier
donnant sur deux rues, au 43, rue de la Ferme et au 125, boulevard du
Général-Koenig. Lorsque la transaction a été actée, la plupart des 214
appartements étaient déjà occupés. Il reste encore seize anciens
occupants payant un surloyer.
Depuis 2000, 148 nouveaux ménages se sont installés rue de la Ferme et
boulevard Koenig, fait-on remarquer chez I3F. La population s'est
renouvelée à 70 %, et 20 % des nouveaux habitants bénéficient de l'APL,
prestation distribuée aux personnes ayant de faibles revenus. Reste que
dans les appartements déclarés sociaux (financés en partie par la
mairie, ce qui lui permet d'éviter les pénalités liées à la loi SRU)
résident bon nombre d'anciens locataires aisés du secteur privé. Comme
ce haut responsable de la télévision publique, originellement locataire
du Gan, qui " se tamponne " de voir son appartement figurer dans la
liste des logements sociaux de la ville : " Ce ne serait pas normal que
pour loger des gens, on en vire d'autres ! " Selon lui, sur la
vingtaine d'appartements que compte son immeuble, une moitié est encore
occupée par des ex-locataires du privé.
Le maire (UMP) de Neuilly, Louis-Charles Bary, assure au Monde 2
respecter " totalement la loi et les règles d'attribution " : " Nous
n'avons jamais donné de logements sociaux à des gens au-dessus des
plafonds de ressources. Plafond qui est, au maximum, de 47 000 euros
annuels pour un ménage avec enfant. Je le sais puisque quand un
logement social appartenant à la ville se libère, ce qui est rare,
c'est moi qui l'attribue ! On ne va tout de même pas réunir une
commission d'attribution de quatorze personnes pour quelques logements
chaque année ! Si les familles déjà installées viennent ensuite à
dépasser les plafonds, nous appliquons des surloyers. " Mais en région
parisienne, ce supplément de loyer ne comble pas le fossé avec les prix
du marché. Insuffisamment dissuasif pour inciter les familles aisées à
céder la place.
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